
Morts, blessés et arrestations depuis 2015, l’ECiDé face à l’épreuve de la rue
Depuis 2015, les manifestations de contestation du pouvoir en République démocratique du Congo sont régulièrement marquées par des morts, des blessés et des arrestations. Des mobilisations contre la prolongation de la présidence de Joseph …
Depuis 2015, les manifestations de contestation du pouvoir en République démocratique du Congo sont régulièrement marquées par des morts, des blessés et des arrestations. Des mobilisations contre la prolongation de la présidence de Joseph Kabila aux marches dénonçant la gouvernance de Félix Tshisekedi, les rapports de défense des droits humains décrivent des restrictions persistantes à l’expression publique. Pour l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé), le parti de Martin Fayulu, cette histoire pose une question : comment maintenir une opposition active tout en protégeant ses militants ? Les enquêtes de Human Rights Watch sur 2015 et sur la marche du 20 mai 2023 éclairent cette continuité.
Il faut toutefois distinguer les mobilisations de l’ECiDé de celles de coalitions plus larges, des mouvements citoyens et du Comité laïc de coordination. Les victimes de ces différents épisodes ne peuvent pas toutes être présentées comme des militants du parti de Fayulu. Les chiffres ci-dessous sont attribués à leurs sources ; ils ne forment pas un bilan national exhaustif.
En janvier 2015, la contestation porte sur une réforme électorale prévoyant un recensement avant les élections, perçue comme un moyen de prolonger le mandat de Kabila. Dans son rapport annuel, HRW indique que la police et la Garde républicaine ont tué par balle au moins 38 manifestants à Kinshasa et cinq à Goma, soit 43 personnes. L’organisation relève des dizaines de blessés, au moins cinq disparitions forcées à Kinshasa et l’arrestation de près d’une douzaine de responsables politiques et d’activistes pendant la même semaine. Le 15 septembre 2015, un rassemblement de l’opposition est attaqué par des hommes recrutés, selon HRW, par des responsables du pouvoir : plus d’une douzaine de participants sont blessés ; au moins un assaillant meurt ensuite des suites des coups reçus lorsque des manifestants ripostent. HRW, Rapport mondial 2016
L’année 2016 connaît plusieurs épisodes distincts. Après les marches du 26 mai, la police annonce un mort à Goma, sept blessés — cinq policiers et deux civils — et neuf manifestants interpellés dans le pays. Martin Fayulu, l’un des organisateurs, fait état de blessés et d’interpellations, sans bilan consolidé. Ces versions doivent conserver leur attribution : le chiffre officiel ne constitue pas à lui seul une enquête indépendante. Radio Okapi, 27 mai 2016
En septembre, la mobilisation pour la tenue de l’élection présidentielle tourne au drame. HRW documente au moins 66 manifestants tués à Kinshasa. Fayulu est lui-même blessé à la tête pendant la manifestation du 19 septembre. Al Jazeera rapporte le 22 septembre : 32 morts selon la police, plus de 100 selon l’opposition. Ces estimations concurrentes ne doivent pas être additionnées. HRW, Radio Okapi, Al Jazeera
Du 19 au 22 décembre 2016, après l’expiration du second mandat de Kabila, HRW recense au moins 62 personnes tuées par les forces de sécurité et des centaines d’arrestations pendant les manifestations. Le 30 octobre 2017, à Goma, l’organisation rapporte encore cinq morts et quinze blessés. HRW, Rapport mondial 2018
La contestation s’étend ensuite aux marches du Comité laïc de coordination. Pour le 31 décembre 2017, HRW confirme au moins huit morts, des dizaines de blessés, dont au moins 27 par balle, et de nombreuses arrestations, comprenant au moins six prêtres dans les jours précédant la marche et le jour même. Son bilan ultérieur des trois mobilisations de décembre 2017, janvier et février 2018 atteint au moins 18 morts et plus de 80 blessés, dont l’activiste Rossy Mukendi parmi les personnes tuées. Les huit décès de décembre sont compris dans ce bilan global de 18 : les additionner produirait un double comptage. HRW, 19 janvier 2018, HRW, Rapport mondial 2019
L’alternance présidentielle de 2019 ne met pas fin aux violences autour des mobilisations. Le 30 juin 2019, une personne meurt par balle à Goma lors de la dispersion des marches de Lamuka, coalition dont Fayulu est l’un des dirigeants. Le décès est reconnu par le porte-parole de la police. À Kinshasa, la progression de Fayulu est empêchée et les pneus de son véhicule sont crevés, selon les constatations rapportées par l’AFP. AFP / Africanews
Toutes les journées de contestation ne présentent cependant pas le même bilan. Pour la marche de Lamuka du 13 juillet 2020, contre l’entérinement de Ronsard Malonda à la tête de la CENI, la police déclare n’avoir enregistré aucun décès ni blessé dans le pays. Le gouvernement accuse néanmoins les organisateurs d’avoir violé l’état d’urgence sanitaire et envisage leur traduction en justice. Cette déclaration de la police doit être rapportée comme telle. Radio Okapi, 14 juillet 2020
En 2021, la composition de la CENI reste au centre de la contestation. Le 15 septembre, Radio Okapi rapporte des interpellations et des policiers blessés lors de la journée de mobilisation. Après la marche du 16 octobre, l’ECiDé annonce la mort, le 18 octobre, de son militant Muana Mboka Kalala, agressé à Limete. Le parti réclame ensuite une enquête sur les circonstances de ce décès. Le lien avec l’agression est présenté ici selon la version des responsables du parti, relayée par la presse. Radio Okapi, L’Interview.cd, Actualité.cd
Le 6 mai 2022, les organisateurs du sit-in du Bloc patriotique dispersé par la police annoncent douze blessés. Un an plus tard, le 20 mai 2023, la marche réunissant l’ECiDé, Ensemble pour la République, Envol et LGD contre la vie chère, l’insécurité et les conditions du processus électoral subit une dispersion violente. HRW relève au moins trente blessés graves et des dizaines d’arrestations. La police annonce aussi l’arrestation de trois de ses agents après le passage à tabac d’un enfant. Les autorités invoquent notamment le non-respect de l’itinéraire et des violences contre des policiers ; ces explications n’effacent pas les abus documentés par HRW. Actualité.cd, HRW, 29 mai 2023
L’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ) condamne également les violences du 20 mai et demande une enquête judiciaire crédible pour identifier et sanctionner leurs auteurs. Sa prise de position est une demande de justice, et non un bilan chiffré supplémentaire. Opinion Info, 21 mai 2023
Après les élections, la manifestation du 27 décembre 2023 est étouffée à Kinshasa. Lamuka annonce 28 blessés, dont douze graves. La police fait état, de son côté, de deux policiers blessés et d’un mineur touché par les gaz lacrymogènes. Ces chiffres proviennent de parties différentes et leur éventuel recoupement n’est pas établi. Radio Okapi, 28 décembre 2023
En 2026, la contestation se concentre notamment sur la question constitutionnelle. Après son sit-in du 12 juin, la coalition Article 64 (C64) annonce deux morts, 552 blessés et 29 arrestations. L’article qui relaie ce rapport précise que ces chiffres ne bénéficient alors d’aucune confirmation indépendante : ils restent un bilan déclaré par les organisateurs. ACS Groupe, 18 juin 2026
Après la marche du 15 septembre 2026, la Voix des Sans Voix (VSV) rapporte un mort et plusieurs blessés à Kinshasa et réclame une enquête indépendante. Actualité.cd identifie le défunt comme Manassé Lomboto, membre de la sécurité d’ADD Congo, et non comme un militant de l’ECiDé. Dans le Haut-Katanga, Justicia ASBL confirme la libération d’environ cent personnes interpellées en marge de la mobilisation. Le 21 septembre, le ministre de la Justice ordonne une enquête sur les violences, blessures, allégations de décès et interpellations. Cette annonce ne préjuge ni des conclusions de l’enquête ni des responsabilités pénales. VSV, via Radio Okapi, Actualité.cd, Justicia, via Radio Okapi, Radio Okapi, enquête annoncée
Face à cette succession d’épreuves, comment l’ECiDé entend-il poursuivre son action ? Ses communications publiques donnent des indications concrètes. Dans une publication du 13 septembre 2026, le parti présente une mobilisation menée avec la C64, des consultations avec d’autres formations, une notification aux autorités et la préparation d’un mémorandum. Il sollicite également l’appui logistique de la diaspora et affirme le caractère pacifique de la manifestation. Cette publication renseigne sur les intentions déclarées du parti ; elle ne constitue pas une évaluation indépendante de leur mise en œuvre. ECiDé, préparation de la mobilisation
Ces éléments permettent de lire sa stratégie autour de trois axes : agir avec des alliés pour élargir la mobilisation, faire de la défense des règles constitutionnelles un motif de rassemblement, et s’appuyer sur ses militants comme sur la diaspora pour soutenir l’organisation. Il s’agit d’une analyse des actions annoncées, pas d’un plan interne auquel nous aurions accès. Les sources consultées ne détaillent pas suffisamment un dispositif permanent d’assistance médicale, de défense juridique ou d’indemnisation des victimes pour affirmer qu’il existe et fonctionne à l’échelle nationale.
La question de la durée reste donc ouverte. Les marches successives montrent la persistance de l’opposition ; elles ne démontrent pas, à elles seules, sa capacité à obtenir des concessions politiques. Pour apprécier la solidité de l’ECiDé face au pouvoir, il faudra observer la continuité de ses alliances, son organisation après les mobilisations et les suites données aux demandes de justice. La VSV, tout en condamnant les violences, appelle aussi la C64 et ses sympathisants à maintenir des actions pacifiques : une exigence qui replace la protection des personnes au centre du débat. Radio Okapi, position de la VSV
Note de méthode : cette synthèse repose sur des rapports publics, des articles de presse et une communication de l’ECiDé consultés au 22 septembre 2026, sans entretien original. Elle ne recense pas toutes les manifestations, notamment pour 2024–2025. L’absence de chiffre pour une catégorie de victimes ne signifie pas zéro victime. Aucun total général n’est calculé, compte tenu des différences de périmètre, des bilans contestés et des risques de double comptage.





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