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De Kinshasa à Goma : l’euphorie de l’UDPS, mais la population congolaise reste la principale victime
Martin Fayulu 16 Oct 2026 · 21:57 · 9 min de lecture
ACTUALITÉ ECIDé

De Kinshasa à Goma : l’euphorie de l’UDPS, mais la population congolaise reste la principale victime

L’arrivée de Joseph Kabila à la tête d’un nouveau mouvement politico-militaire a provoqué une certaine euphorie dans le camp du pouvoir. Pourtant, derrière les célébrations partisanes, la crise s’aggrave : un ancien chef de …

L’arrivée de Joseph Kabila à la tête d’un nouveau mouvement politico-militaire a provoqué une certaine euphorie dans le camp du pouvoir. Pourtant, derrière les célébrations partisanes, la crise s’aggrave : un ancien chef de l’État se trouve à Goma, l’actuel chef de l’État gouverne depuis Kinshasa, et la population continue de payer le prix de leur affrontement.

La création à Goma du Front pour la refondation de la nation, placé sous la direction de l’ancien président Joseph Kabila, constitue un tournant majeur dans la crise congolaise.

Pour l’UDPS et plusieurs acteurs de l’Union sacrée, cette annonce confirmerait les accusations formulées depuis plusieurs mois contre l’ancien président. Certains responsables du pouvoir considèrent que « les masques sont tombés » et que Joseph Kabila aurait finalement révélé son appartenance au camp de l’AFC/M23.

Mais cette euphorie politique ne doit pas masquer la réalité.

Une victoire dans la bataille de la communication n’est pas une victoire militaire, diplomatique ou sociale. Elle ne libère aucun territoire. Elle ne ramène aucun déplacé dans son village. Elle ne ressuscite aucune victime et ne restaure pas automatiquement l’autorité de l’État à Goma ou à Bukavu.

Pendant que les camps politiques s’accusent et célèbrent leurs propres récits, la population congolaise demeure la principale victime.

## Première étape : James Swan appelle à un dialogue national inclusif

Le 29 septembre 2026, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, James Swan, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en RDC et chef de la MONUSCO, a appelé à l’organisation d’un dialogue national inclusif.

Selon lui, ce dialogue devait être conduit par des facilitateurs acceptés par les différentes parties et permettre une discussion franche sur les divergences politiques qui paralysent le pays.

La Coalition Article 64 avait favorablement accueilli cet appel, tout en réaffirmant ses revendications concernant le respect de la Constitution, la libération des prisonniers politiques, la fin des persécutions et l’ouverture de l’espace démocratique.

Cet appel intervenait dans un contexte où la crise militaire de l’Est était déjà devenue une crise politique nationale.

Le dialogue proposé ne devait pas servir à accorder une amnistie aux auteurs de crimes graves ni à légitimer une prise de pouvoir par les armes. Il devait permettre aux forces politiques et sociales attachées à la République de rechercher une issue pacifique.

Mais Kinshasa est restée méfiante envers tout format susceptible d’intégrer des acteurs associés à l’AFC/M23 ou à Joseph Kabila.

## Deuxième étape : le discours controversé d’Azarias Ruberwa

Le 3 octobre 2026, à Indianapolis, aux États-Unis, l’ancien vice-président Azarias Ruberwa a prononcé un discours consacré notamment aux souffrances des Banyamulenge et à ce qu’il a présenté comme des discriminations visant les populations swahiliphones.

La dénonciation de toute discrimination est légitime. Aucun Congolais ne doit être menacé, exclu ou persécuté en raison de son origine, de sa langue ou de sa communauté.

Cependant, présenter les Swahiliphones comme une catégorie globalement persécutée en RDC exige des preuves précises.

Le swahili est l’une des quatre langues nationales reconnues par la Constitution. Il est parlé par des millions de Congolais du Katanga, du Maniema, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de la Tshopo et d’autres régions.

Plusieurs personnalités ont estimé que les propos de Ruberwa risquaient de transformer des injustices particulières en un récit identitaire généralisé pouvant être politiquement exploité dans le contexte de la guerre.

L’artiste Alesh a notamment reconnu l’existence possible de discriminations individuelles, tout en contestant l’existence démontrée d’une politique nationale de persécution des Swahiliphones. Il a également appelé Ruberwa à examiner publiquement l’héritage du RCD-Goma et à condamner toutes les violences, y compris celles commises contre les civils par les mouvements armés.

La RDC doit combattre la discrimination sans permettre que les identités linguistiques deviennent de nouveaux instruments de fragmentation nationale.

## Troisième étape : l’ancien chef de l’État à Goma

Joseph Kabila avait effectué son retour à Goma après plusieurs années passées hors du pays.

Sa présence dans une ville contrôlée par l’AFC/M23 avait immédiatement soulevé des interrogations politiques et sécuritaires.

Pour ses partisans, il s’y trouvait afin de contribuer à la recherche d’une solution à la crise. Pour le gouvernement, cette présence confirmait plutôt les soupçons de proximité entre l’ancien président et la rébellion.

Goma n’est pourtant pas une capitale parallèle.

Elle demeure une ville congolaise dont la population a subi la guerre, les déplacements, les massacres, la fermeture d’activités économiques et l’effondrement de l’autorité publique.

L’installation politique d’un ancien chef de l’État dans une zone contrôlée par une rébellion ne pouvait donc être considérée comme un simple déplacement privé.

Elle préparait nécessairement une nouvelle étape.

## Quatrième étape : le chef de l’État à Kinshasa

Pendant que Joseph Kabila consolidait sa présence à Goma, Félix Tshisekedi continuait de diriger les institutions depuis Kinshasa.

Deux centres politiques apparaissaient ainsi dans l’imaginaire national :

- Kinshasa, siège des institutions constitutionnelles ;
- Goma, ville occupée devenue le centre d’une nouvelle contestation politico-militaire.

Mais cette opposition ne place pas deux autorités légitimes sur un même pied.

Le pouvoir constitutionnel reste exercé depuis Kinshasa. L’opposition politique doit normalement utiliser les voies démocratiques, électorales et judiciaires.

Cependant, cette légitimité institutionnelle impose également des obligations au pouvoir : respecter les libertés publiques, protéger les opposants, garantir l’indépendance de la justice et organiser un dialogue crédible.

Le gouvernement ne peut pas utiliser la menace rebelle pour assimiler toute critique à une trahison.

Combattre une rébellion ne donne pas le droit de fermer l’espace politique, de faire disparaître des opposants ou de punir collectivement des partis dont certains membres n’ont commis aucune infraction.

## Cinquième étape : le discours de Joseph Kabila

Le 9 octobre 2026, Joseph Kabila a diffusé une adresse à la nation dans laquelle il a déclaré que « le Congo est en péril ».

Il a dressé un réquisitoire contre le pouvoir de Félix Tshisekedi, sans toutefois le nommer directement. Il a dénoncé ce qu’il considère comme une dérive autoritaire, le rejet du dialogue et l’aggravation de la situation économique, politique et sécuritaire.

Il a également annoncé qu’il présenterait de nouvelles initiatives dans les heures, les jours et les semaines à venir.

Mais son discours comportait une contradiction majeure.

Joseph Kabila a longuement critiqué Kinshasa sans condamner clairement l’occupation de Goma et de Bukavu par l’AFC/M23 ni le soutien du Rwanda au mouvement armé, pourtant documenté dans plusieurs rapports internationaux.

Lorsqu’un ancien président parle depuis une zone contrôlée par une rébellion, son silence sur cette rébellion devient politiquement significatif.

Trois jours plus tard, les annonces de Goma ont donné une nouvelle signification à son discours.

## Sixième étape : Joseph Kabila prend la tête du FRN

Le 12 octobre 2026, Joseph Kabila a été annoncé à la tête du Front pour la refondation de la nation, une nouvelle organisation politico-militaire constituée à Goma.

Cette structure succède à l’AFC/M23 et rassemble des composantes politiques et militaires opposées au pouvoir de Kinshasa.

Selon les déclarations présentées lors de son lancement, le FRN entend coordonner différentes « forces de résistance » et n’exclut pas l’usage de la force pour renverser ce qu’il qualifie de tyrannie.

Cette décision change profondément le statut politique de Joseph Kabila.

Il n’apparaît plus seulement comme un ancien président contestant son successeur. Il devient le dirigeant déclaré d’une organisation politico-militaire établie dans une zone échappant au contrôle du gouvernement.

La critique du pouvoir est un droit. La prise des armes contre la République ne peut cependant pas être considérée comme une forme ordinaire d’opposition démocratique.

L’article 64 de la Constitution ne peut pas devenir une autorisation permettant à chaque responsable politique de former une armée, de conquérir un territoire ou de s’allier à une rébellion.

## Septième étape : les cadres du PPRD se désolidarisent

L’annonce de la création du FRN a provoqué une crise au sein du PPRD.

Patrick Nkanga Bekonda, rapporteur du bureau politique du parti, a annoncé son départ et s’est désolidarisé de toute initiative susceptible de perturber la paix ou de déstabiliser les institutions.

Allegra Fosh Ngalula, vice-présidente de la Ligue des jeunes du PPRD, a également démissionné en affirmant son refus d’être associée à une initiative de déstabilisation. D’autres personnalités proches de Joseph Kabila ont annoncé leur rupture ou rejeté publiquement le recours aux armes.

Tous les anciens collaborateurs de Joseph Kabila n’ont toutefois pas pris leurs distances. L’ancien ministre Félix Kabange Numbi a notamment annoncé son soutien au FRN.

Ces réactions démontrent que le PPRD n’est pas un bloc homogène.

Elles rendent injustifiable toute politique de culpabilité collective contre l’ensemble de ses membres. La responsabilité pénale doit rester individuelle et être établie par une justice indépendante.

## L’euphorie de l’UDPS ne doit pas devenir un projet politique

Certains responsables de l’UDPS considèrent que la création du FRN leur donne rétrospectivement raison sur toutes leurs accusations contre Joseph Kabila.

Mais avoir raison sur un adversaire ne signifie pas avoir bien gouverné.

La présence de Joseph Kabila à la tête d’un mouvement politico-militaire ne résout pas :

- la perte de Goma et de Bukavu ;
- les déplacements de populations ;
- l’insécurité dans l’Est ;
- la pauvreté ;
- le chômage ;
- la corruption ;
- l’absence d’eau et d’électricité ;
- la dégradation des routes ;
- l’insuffisance des services sociaux ;
- les restrictions imposées à l’espace politique.

Le pouvoir ne doit pas transformer la décision de Joseph Kabila en prétexte pour éviter tout examen de son propre bilan.

Il ne doit pas non plus confondre les opposants démocratiques avec les mouvements armés.

Le 15 octobre, le ministère de l’Intérieur a interdit les activités du PPRD et de douze autres formations politiques. Une mesure aussi large doit être encadrée par la loi, justifiée individuellement et soumise à un contrôle judiciaire afin d’éviter qu’une crise sécuritaire soit utilisée pour supprimer le pluralisme.

## La population reste toujours victime

Dans cette confrontation, chaque camp construit son récit.

À Kinshasa, le pouvoir affirme avoir enfin obtenu la preuve de la trahison de Joseph Kabila.

À Goma, le FRN prétend incarner la résistance à la tyrannie.

Mais, dans les deux cas, la population risque de devenir un simple instrument de légitimation.

Les habitants de l’Est continuent de mourir, de fuir leurs maisons et de vivre sous différentes autorités armées. Les familles de Kinshasa subissent la vie chère, le chômage et la détérioration des services publics. Les militants politiques craignent les arrestations, tandis que les jeunes risquent d’être recrutés dans de nouveaux affrontements.

Le peuple n’a besoin ni de l’euphorie de l’UDPS ni d’une nouvelle rébellion dirigée depuis Goma.

Il a besoin :

- de la libération effective des territoires occupés ;
- du retrait des forces étrangères ;
- d’un cessez-le-feu vérifiable ;
- du respect de la Constitution ;
- d’une justice indépendante ;
- de la fin des arrestations politiques ;
- d’un dialogue national véritablement inclusif ;
- de la protection des civils ;
- d’élections crédibles ;
- d’une amélioration concrète des conditions de vie.

## Ni autoritarisme à Kinshasa, ni conquête du pouvoir par les armes

La RDC ne doit pas être obligée de choisir entre un pouvoir qui réduit l’espace démocratique et un ancien président qui prend la tête d’une organisation politico-militaire.

Critiquer Félix Tshisekedi ne signifie pas soutenir Joseph Kabila.

Condamner Joseph Kabila ne signifie pas approuver toutes les dérives du régime de l’UDPS.

Défendre la souveraineté nationale ne signifie pas renoncer aux libertés publiques.

La position républicaine doit être claire : **ni prise du pouvoir par les armes, ni confiscation du pouvoir par l’autoritarisme.**

L’ancien chef de l’État installé à Goma doit répondre de ses choix. Le chef de l’État à Kinshasa doit répondre de sa gouvernance.

Entre les deux se trouve le peuple congolais, qui ne peut plus être sacrifié au nom des ambitions, des règlements de comptes et des stratégies de conservation ou de conquête du pouvoir.

La véritable victoire ne sera pas la chute d’un adversaire politique. Elle sera le retour de la paix, de la justice, de la souveraineté et de l’État de droit sur l’ensemble du territoire national.

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