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Force du Progrès : quand le militantisme politique devient une menace pour l’État de droit
Martin Fayulu 18 Oct 2026 · 21:30 · 7 min de lecture
ACTUALITÉ ECIDé

Force du Progrès : quand le militantisme politique devient une menace pour l’État de droit

Violences contre l’opposition, intimidations, taxes illégales et occupations de lieux publics : les abus attribués à des membres de la Force du Progrès ne peuvent plus être considérés comme de simples dérapages isolés. En …

Violences contre l’opposition, intimidations, taxes illégales et occupations de lieux publics : les abus attribués à des membres de la Force du Progrès ne peuvent plus être considérés comme de simples dérapages isolés.

En République démocratique du Congo, militer pour un parti politique est un droit. Défendre un programme, mobiliser les citoyens et soutenir un dirigeant sont des activités légitimes dans une démocratie.

Mais aucun militant ne peut se substituer à la police, percevoir des taxes, agresser des opposants, occuper des propriétés privées ou empêcher d’autres citoyens d’exercer leurs libertés.

Depuis plusieurs années, des personnes présentées comme membres de la « Force du Progrès », une structure associée à la jeunesse de l’UDPS, sont régulièrement citées dans des affaires de violences, d’intimidations, de vandalisme et de perturbation d’activités politiques.

La répétition de ces incidents pose désormais une question fondamentale : la RDC accepte-t-elle l’installation progressive d’une force politique parallèle bénéficiant d’une forme d’impunité ?

Le siège de l’ECiDé attaqué le 12 juin 2026

Les événements du 12 juin 2026 constituent l’un des épisodes les plus graves.

Ce jour-là, la Coalition Article 64, réunissant plusieurs partis d’opposition, avait prévu un sit-in à Kinshasa contre un éventuel changement de la Constitution et contre la proposition de loi relative à l’organisation d’un référendum.

Selon une enquête publiée par Human Rights Watch, des personnes identifiées comme membres de la Force du Progrès auraient attaqué les sièges de plusieurs partis affiliés à cette coalition, notamment l’ADD Congo, l’Alliance pour le changement et le FONUS.

Les manifestants se sont ensuite rassemblés au siège de l’ECiDé, sur le boulevard Triomphal. Human Rights Watch affirme avoir vérifié des images montrant des membres présumés de la Force du Progrès lançant des projectiles vers le siège du parti et tentant d’en forcer l’entrée, en présence de policiers.

Des responsables politiques, des manifestants et des personnes blessées se trouvaient alors à l’intérieur.

L’organisation rapporte également que sept personnes interrogées et présentées comme membres de la Force du Progrès ont déclaré avoir été mobilisées pour empêcher la manifestation. Certaines ont affirmé que des responsables du parti au pouvoir leur avaient promis de l’argent.

Ces accusations sont particulièrement graves. Elles doivent faire l’objet d’une enquête judiciaire indépendante capable d’identifier les auteurs matériels, les organisateurs, les éventuels commanditaires et les responsabilités des agents publics présents sur les lieux.

La version de l’UDPS doit également être prise en compte

L’UDPS rejette toute implication de sa hiérarchie dans les violences du 12 juin. Le parti affirme n’avoir donné aucune instruction destinée à perturber le sit-in et conteste les conclusions de Human Rights Watch.

Le 22 juin 2026, l’UDPS a saisi le Parquet général près la Cour de cassation contre des individus qu’elle accuse d’usurper son identité et celle de la Force du Progrès. Selon les responsables du parti, cette démarche vise à faire poursuivre les auteurs de violences et à empêcher que le nom de l’UDPS soit utilisé comme protection par des délinquants.

Cette défense ne dispense cependant pas le parti présidentiel de clarifier publiquement le statut de cette structure.

Qui dirige officiellement la Force du Progrès ? Comment ses membres sont-ils recrutés ? À qui rendent-ils compte ? Qui finance leurs activités ? Quelles sanctions internes ont été prises contre les militants impliqués dans des violences ?

L’UDPS ne peut pas reconnaître la Force du Progrès lorsqu’elle mobilise en faveur du pouvoir, puis parler uniquement d’usurpation d’identité lorsque des abus sont dénoncés. La transparence est indispensable pour établir les responsabilités individuelles et institutionnelles.

Des accusations de taxes illégales et de substitution à l’État

Les inquiétudes ne concernent pas uniquement les manifestations politiques.

Le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, a lui-même dénoncé, en juin 2026, les dérives attribuées à certains membres de la Force du Progrès. Les accusations évoquées comprenaient notamment :

l’imposition de taxes illégales ;

des violences contre des citoyens ;

des actes d’intimidation ;

la contestation de l’autorité municipale ;

des tentatives de substitution aux services de l’État.

Le gouverneur a rappelé qu’aucune organisation politique ne pouvait se transformer en autorité publique ou exercer les compétences réservées aux institutions nationales et provinciales.

Ce rappel est essentiel. Seuls les services légalement habilités peuvent percevoir des taxes, assurer le maintien de l’ordre, contrôler les citoyens ou appliquer une décision administrative.

Lorsqu’un groupe politique exerce de telles fonctions par la contrainte, il ne s’agit plus de militantisme. Il s’agit d’une atteinte à l’autorité de l’État.

Des lieux de culte également pris pour cible

En décembre 2023, l’Église du Christ au Congo et la CENCO avaient condamné des violences attribuées à des membres de la Force du Progrès contre l’église locale CBCO de la Cité des Anciens Combattants, à Kinshasa.

Selon les responsables religieux, une partie des installations avait été incendiée, des biens vandalisés et une somme d’argent emportée. La CENCO dénonçait déjà l’insuffisance des poursuites judiciaires après plusieurs actes attribués à ce groupe.

Le 20 juin 2026, l’Archidiocèse de Kinshasa a de nouveau dénoncé l’occupation sans autorisation du parvis de l’Archevêché par des militants se réclamant de la Force du Progrès.

D’après le communiqué de l’Archidiocèse, les occupants auraient voulu installer des insignes du parti présidentiel et auraient proféré des injures et des menaces lorsqu’il leur a été demandé de quitter les lieux. L’intervention de la Police nationale a permis de rétablir le calme.

Les églises, les partis politiques, les médias et les organisations citoyennes doivent pouvoir fonctionner sans intimidation, quelle que soit leur position sur l’action du gouvernement.

Les événements de GLM et les condamnations de 2024

En août 2024, des dizaines de personnes présentées comme membres de la Force du Progrès avaient été arrêtées après des affrontements survenus près de la résidence de l’ancien président Joseph Kabila, dans le quartier GLM.

Une quinzaine de prévenus, dont Kennedy Ngandu, dit « Anti-balle », avaient ensuite été condamnés à la peine capitale. Une cinquantaine d’autres avaient été acquittés, tandis que la défense avait annoncé son intention d’interjeter appel.

Les prévenus étaient poursuivis pour différentes infractions présumées, notamment destruction méchante, coups et blessures, pillage, tentative de meurtre et rébellion.

La gravité de ces faits ne doit toutefois pas conduire à justifier la peine de mort. La justice doit établir les responsabilités dans le respect du droit à la défense, du procès équitable et de la dignité humaine.

Le danger d’une violence politique tolérée

Lorsqu’un groupe proche du pouvoir intervient contre des opposants, plusieurs dangers apparaissent.

Premièrement, la compétition politique cesse d’être équitable. Les partis qui disposent de groupes violents peuvent intimider leurs adversaires et occuper l’espace public par la force.

Deuxièmement, la police risque de perdre sa neutralité lorsqu’elle laisse des civils attaquer des manifestants ou agit à leurs côtés.

Troisièmement, l’impunité encourage la récidive. Chaque violence laissée sans réponse devient une autorisation implicite pour la suivante.

Enfin, la population perd confiance dans l’État lorsqu’elle voit certains militants se comporter comme s’ils étaient placés au-dessus de la loi.

Un parti arrivé au pouvoir après plusieurs décennies de lutte pour la démocratie devrait être le premier à protéger les libertés politiques qu’il revendiquait autrefois.

L’État doit agir sans distinction politique

La République ne doit pas poursuivre un citoyen ordinaire tout en protégeant un militant proche du pouvoir.

Une réponse crédible devrait comprendre :

une enquête judiciaire indépendante sur les violences du 12 juin 2026 ;

l’identification des commanditaires et des sources de financement ;

la publication officielle du statut et de la chaîne de responsabilité de la Force du Progrès ;

l’interdiction de toute perception illégale de taxes ;

la poursuite individuelle des auteurs de violences, sans responsabilité collective ni règlement de comptes politique ;

la protection effective des sièges des partis, des médias et des lieux de culte ;

des sanctions contre les policiers qui auraient laissé agir ou accompagné des groupes violents ;

la réparation des dommages causés aux personnes et aux biens ;

un mécanisme permettant aux victimes et aux témoins de déposer plainte en toute sécurité.

La RDC n’a pas besoin d’une justice sélective ni de procès organisés uniquement sous la pression de l’opinion. Elle a besoin d’institutions impartiales, capables d’appliquer la même loi aux militants du pouvoir, aux opposants et à tous les citoyens.

Dissocier la politique de la violence

La Force du Progrès ne peut pas devenir une police parallèle, un service de taxation ou un instrument de répression politique.

Si les personnes responsables de ces abus agissent sans mandat de l’UDPS, le parti doit les désavouer clairement, coopérer avec la justice et empêcher toute utilisation future de son identité.

Si certains responsables politiques les organisent, les financent ou les protègent, ils doivent répondre de leurs actes devant la justice.

La démocratie ne se limite pas à organiser des élections. Elle exige aussi la liberté de manifester, la sécurité des opposants, la protection des biens et l’égalité de tous devant la loi.

La violence politique ne devient pas légitime parce qu’elle est exercée au nom du pouvoir. Un État qui tolère des groupes partisans violents affaiblit ses propres institutions et prépare de nouvelles crises.

La République doit rester plus forte que les partis, plus forte que les milices et plus forte que l’impunité.

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