
Tshisekedi : Beaucoup de promesses, mais toujours pas de résultats
De l’Accord d’Addis-Abeba au processus de Doha, la RDC risque-t-elle d’institutionnaliser l’occupation plutôt que d’y mettre fin ? Depuis son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi multiplie les promesses de paix, de restauration de l’autorité …
De l’Accord d’Addis-Abeba au processus de Doha, la RDC risque-t-elle d’institutionnaliser l’occupation plutôt que d’y mettre fin ?
Depuis son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi multiplie les promesses de paix, de restauration de l’autorité de l’État et de défense de l’intégrité territoriale. Pourtant, dans l’est de la République démocratique du Congo, les groupes armés progressent, les populations continuent de fuir et le M23 consolide son influence dans les zones qu’il occupe.
Le problème n’est donc plus l’absence d’accords. La RDC en a signé plusieurs. Le véritable problème est leur application, leur cohérence et leur capacité à produire des résultats concrets sur le terrain.
## Addis-Abeba : un cadre régional progressivement abandonné
Signé le 24 février 2013, l’Accord-cadre d’Addis-Abeba pour la paix, la sécurité et la coopération constituait une réponse régionale et internationale aux conflits récurrents dans l’est de la RDC.
Ce cadre reposait sur plusieurs principes essentiels :
* mettre fin aux cycles de violence et aux rébellions récurrentes ;
* empêcher les pays voisins de soutenir ou d’héberger des groupes armés ;
* renforcer l’autorité de l’État congolais ;
* réformer l’armée, les services de sécurité et la gouvernance ;
* lutter contre l’impunité ;
* éviter le recyclage automatique des responsables de groupes armés dans les institutions nationales ;
* placer les engagements régionaux sous la surveillance de l’ONU, de l’Union africaine, de la CIRGL et de la SADC.
Après la défaite militaire du M23 en 2013, les déclarations de Nairobi avaient également établi que l’amnistie ne pouvait pas couvrir les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes de génocide et les autres violations graves des droits humains.
L’objectif était clair : la rébellion ne devait plus constituer un raccourci permettant d’obtenir des postes politiques, des grades militaires ou le contrôle administratif d’un territoire.
Pourtant, plus d’une décennie plus tard, la RDC se retrouve de nouveau à négocier directement avec le M23, redevenu une force militaire et politique incontournable dans les territoires qu’il occupe.
## Doha : de la négociation de paix à la légitimation politique ?
Les discussions directes engagées à Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 soulèvent une question fondamentale : négocie-t-on le désarmement d’une rébellion ou organise-t-on progressivement sa reconnaissance politique ?
Un projet d’accord, présenté comme un « Draft Zero », a circulé au début du mois d’août 2025. Son contenu a renforcé les inquiétudes concernant l’avenir des zones occupées.
Le processus de Doha déplace le centre de gravité du conflit. Alors que l’Accord d’Addis-Abeba imposait principalement des obligations aux États de la région, notamment l’interdiction de soutenir des mouvements armés, Doha organise un dialogue direct entre Kinshasa et l’AFC/M23.
Ce changement n’est pas sans conséquence. Il transforme un mouvement armé, que les autorités congolaises qualifiaient auparavant de force terroriste et de relais d’une agression extérieure, en interlocuteur politique officiel.
Le gouvernement ne peut pas affirmer simultanément que la RDC est victime d’une agression étrangère et négocier l’avenir administratif des territoires occupés comme s’il s’agissait uniquement d’une crise politique interne.
## La résolution 2773 risque d’être vidée de sa substance
Adoptée le 21 février 2025, la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies est pourtant explicite. Elle exige que le M23 cesse immédiatement les hostilités, se retire de Goma, de Bukavu et de toutes les zones qu’il contrôle, et mette fin aux administrations parallèles établies dans les territoires occupés.
Elle demande également aux Forces de défense rwandaises de cesser leur soutien au M23 et de se retirer du territoire congolais.
Or, le processus de Washington privilégie une normalisation des relations entre la RDC et le Rwanda, tandis que celui de Doha organise parallèlement des négociations directes avec l’AFC/M23.
Ces initiatives diplomatiques ne suppriment juridiquement ni la résolution 2773 ni les sanctions européennes. Mais, faute d’exécution et de mécanismes contraignants, elles risquent de les neutraliser politiquement.
Une résolution internationale perd sa portée lorsque les négociations qui suivent ne placent plus le retrait des forces étrangères, la fin des administrations parallèles et le rétablissement de l’autorité de l’État parmi les conditions préalables non négociables.
## Les huit protocoles : une inquiétude majeure pour la souveraineté nationale
L’accord-cadre de Doha signé le 15 novembre 2025 prévoit huit protocoles portant notamment sur le cessez-le-feu, le désengagement des forces, l’accès humanitaire, la restauration de l’autorité de l’État, les arrangements sécuritaires, la réintégration et le dialogue national.
Contrairement à certaines présentations, ces protocoles ne transfèrent pas officiellement et définitivement l’administration du Nord-Kivu et du Sud-Kivu au M23. Mais leur formulation et leurs modalités d’application peuvent ouvrir la voie à une administration transitoire négociée avec les responsables du mouvement.
C’est précisément là que se trouve le danger.
Si le rétablissement de l’autorité de l’État dépend d’un compromis avec ceux qui administrent militairement les territoires occupés, le fait accompli risque de devenir une source de légitimité politique.
Le gouvernement et l’AFC/M23 pourraient ainsi se retrouver à négocier ensemble la gestion des zones conquises par les armes. Une telle évolution reviendrait à récompenser la rébellion et créerait un précédent extrêmement dangereux : toute organisation armée suffisamment puissante pourrait conquérir un territoire avant de réclamer une place à la table des négociations.
## Ni brassage ni mixage
La RDC ne doit pas répéter les erreurs du passé.
Les politiques de brassage, de mixage et d’intégration précipitée d’anciens rebelles dans les Forces armées de la RDC ont souvent importé les chaînes de commandement des groupes armés au sein de l’armée nationale, sans garantir leur loyauté envers la République.
La réforme du secteur de la sécurité ne peut pas devenir un mécanisme de recyclage des responsables de rébellions.
Toute réintégration éventuelle doit être individuelle, strictement contrôlée et précédée d’un examen judiciaire. Les personnes soupçonnées de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de violations graves des droits humains ne doivent bénéficier ni d’une amnistie générale ni d’une intégration automatique dans l’armée, la police ou les institutions politiques.
## Il faut un mécanisme de vérification réellement indépendant
Un nouvel accord ne produira aucun résultat sans mécanisme de contrôle crédible.
Les bases du dialogue devraient comprendre :
* un cessez-le-feu vérifiable sur le terrain ;
* un calendrier obligatoire de retrait des zones occupées ;
* le démantèlement des administrations parallèles ;
* le retrait vérifié des forces étrangères ;
* l’identification des combattants et de leurs chaînes de commandement ;
* l’exclusion des auteurs présumés de crimes graves de toute amnistie ou intégration ;
* le retour effectif de l’administration congolaise ;
* la participation de l’ONU, de l’Union africaine, de la CIRGL et de la SADC aux opérations de vérification ;
* des sanctions automatiques en cas de violation.
Sans ces garanties, Doha risque de devenir un mécanisme de gestion politique de l’occupation plutôt qu’un véritable processus de libération des territoires congolais.
## Beaucoup de promesses, aucun résultat tangible
Félix Tshisekedi avait promis de rétablir la paix et l’autorité de l’État dans l’est du pays. Le résultat doit être évalué non pas à travers le nombre de sommets organisés ou d’accords annoncés, mais à partir de faits simples : les populations sont-elles rentrées chez elles ? Les forces étrangères ont-elles quitté le territoire ? Le M23 a-t-il désarmé ? L’administration congolaise est-elle rétablie ? Les responsables de crimes graves ont-ils été poursuivis ?
Tant que la réponse restera négative, la diplomatie présidentielle apparaîtra comme une succession de promesses sans résultats.
La paix ne peut pas signifier l’acceptation d’une administration armée imposée à la population. Elle ne peut pas non plus transformer une conquête militaire en moyen d’obtenir une reconnaissance politique.
La RDC n’a pas besoin d’un accord supplémentaire destiné à gagner du temps. Elle a besoin d’une stratégie cohérente, d’institutions solides et de mécanismes internationaux capables de faire respecter les engagements déjà pris.
Le dialogue reste nécessaire. Mais un dialogue sans retrait, sans justice, sans désarmement et sans restauration de l’autorité de l’État ne construit pas la paix : il organise le rapport de force créé par les armes.
**Sources documentaires :** [Accord-cadre d’Addis-Abeba — ONU](https://peacemaker.un.org/en/node/8882) · [Résolution 2773 du Conseil de sécurité](https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n25/048/21/pdf/n2504821.pdf) · [Accord-cadre de Doha — ministère qatari des Affaires étrangères](https://mofa.gov.qa/en/latest-articles/statements/signing-of-the-doha-framework-for-peace-between-the-government-of-the-democratic-republic-of-the-congo-and-the-congo-river-alliance-%28m23-movement%29) · [Accord de Washington entre la RDC et le Rwanda](https://www.state.gov/accord-de-paix-entre-la-republique-democratique-du-congo-et-la-republique-du-rwanda/)




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